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Racheter le fonds, les parts sociales ou passer par une location gérance ?

La même boutique peut se reprendre de trois façons très différentes, et le choix engage votre patrimoine autant que votre trésorerie. Achat du fonds, rachat des parts de la société qui l’exploite, location gérance préalable: voici ce que chaque montage vous fait acquérir, ce qu’il vous fait supporter et ses limites.

Deux femmes attablées dans un café clair comparant deux chemises cartonnées de couleurs différentes ouvertes côte à côte

La réponse courte tient en trois lignes. Vous achetez le fonds quand vous voulez repartir sans reprendre le passé de la cédante. Vous rachetez les parts quand la continuité des contrats, des agréments ou des numéros d’identification vaut plus que cette sécurité. Vous passez par une location gérance quand vous doutez encore que la clientèle vous suivra.

Ce n’est pas la cédante qui choisit pour vous, même si elle a une préférence, souvent fiscale. Le montage engage votre patrimoine et votre exposition aux dettes anciennes. Voici ce que chacun transfère, ce qu’il coûte à l’entrée, et sur quels critères trancher.

Trois montages, trois natures d’engagement

Ce que vous achetez dans chaque cas

Acheter un fonds de commerce, c’est acheter un ensemble d’éléments corporels et incorporels: clientèle, enseigne, nom commercial, droit au bail, matériel, parfois une licence. Vous n’achetez pas une société. Vous créez la vôtre, ou vous exploitez en nom propre, et vous y logez ce que vous venez d’acquérir.

Racheter les parts sociales, c’est acheter la personne morale elle même, avec son immatriculation, son historique comptable, ses contrats, ses litiges éventuels et ses dettes. Le fonds ne bouge pas: il reste où il est, dans une société qui change simplement d’associée.

Prendre un fonds en location gérance, c’est l’exploiter à vos risques et périls en versant une redevance, sans en devenir propriétaire. Vous êtes commerçante, immatriculée, responsable de votre exploitation, mais la valeur du fonds appartient toujours à une autre.

La question à se poser avant de comparer les prix

Comparer soixante dix mille euros de prix de fonds et soixante dix mille euros de prix de parts n’a aucun sens tant que vous n’avez pas répondu à une question: qu’est ce qui, dans cette activité, ne se recrée pas ailleurs ?

Si la valeur tient à l’emplacement et à la clientèle de passage, le fonds suffit. Si elle tient à un agrément nominatif, à un marché signé avec une collectivité ou à un contrat de franchise, la société vaut peut être davantage. Posez cette question avant de discuter le prix.

Acheter le fonds de commerce

Ce qui est transféré et ce qui reste chez la cédante

Le principe est protecteur: les dettes de la cédante ne suivent pas le fonds. Ses fournisseurs impayés, son découvert, son contentieux prud’homal restent chez elle. Ses créances non plus ne vous suivent pas, ce qui compte si une part du chiffre d’affaires est facturée à trente jours.

Deux exceptions comptent. Les contrats de travail en cours se poursuivent avec vous, en application de l’article L. 1224-1 du code du travail. Et l’article 1684 du code général des impôts organise une solidarité de l’acquéreur pour l’impôt sur les bénéfices dû par la cédante, pendant un délai encadré qui court après la déclaration de cession: c’est pourquoi le prix reste séquestré plusieurs mois. Le déroulé de cette période figure dans notre article sur l’enchaînement des étapes d’une reprise jusqu’au déblocage du prix.

Le stock, lui, ne fait pas partie du fonds. Il se valorise à part, sur inventaire daté, et se facture séparément. Une annonce qui affiche un prix «stock inclus» mérite une ligne de plus dans votre tableau, pas une confiance de plus.

Le coût fiscal de l’acquisition

Les droits d’enregistrement sur la cession d’un fonds relèvent de l’article 719 du code général des impôts. Le barème est progressif par tranches: aucun droit sur la fraction du prix jusqu’à vingt trois mille euros, trois pour cent sur la fraction comprise entre vingt trois mille et deux cent mille euros, cinq pour cent au delà.

Ces droits sont à votre charge, en plus du prix, comme les honoraires de la rédactrice de l’acte et les frais de publicité. Le détail des tarifs applicables aux mutations se consulte sur le site de la direction générale des finances publiques. Chiffrez cette ligne avant votre rendez vous bancaire: elle change le montant à emprunter.

Racheter les parts de la société qui exploite

Vous héritez du passé, y compris de ce qui n’est pas écrit

Le rachat de parts a un avantage réel: rien ne bouge. Le bail continue sans cession, donc sans clause d’agrément à activer, sauf clause de changement de contrôle. Contrats fournisseurs, abonnements, autorisations, ancienneté des salariées et numéros d’identification restent en place.

Le revers est proportionnel. Vous reprenez un redressement fiscal en cours, une créance contestée, un licenciement qui deviendra un contentieux dans six mois. Le passé de la société devient le vôtre le jour de la signature, y compris la partie que personne ne vous a montrée.

La garantie d’actif et de passif, son plafond et sa durée

C’est le contrepoids indispensable. La garantie d’actif et de passif engage la cédante à vous indemniser si un passif né avant la cession se révèle après. Elle ne vaut que par quatre paramètres, à négocier ligne à ligne.

  • Le plafond: le montant maximal que vous pourrez réclamer, souvent exprimé en pourcentage du prix.
  • Le seuil de déclenchement: en dessous, vous ne réclamez rien, ce qui évite les litiges de faible montant.
  • La durée: elle doit couvrir au minimum les délais de reprise de l’administration fiscale et sociale.
  • La sûreté: une garantie non adossée à une caution bancaire ou à une somme séquestrée ne vaut que si la cédante est encore solvable le jour venu.

Côté fiscal, les droits d’enregistrement sur la cession de droits sociaux relèvent de l’article 726 du code général des impôts. Le taux et l’abattement diffèrent selon qu’il s’agit de parts sociales, d’actions ou d’une société à prépondérance immobilière: faites chiffrer les trois hypothèses par votre cabinet comptable avant de retenir un montage.

Passer par une location gérance avant de décider

Exploiter d’abord, acheter ensuite

La location gérance est régie par les articles L. 144-1 et suivants du code de commerce. Elle répond à la seule question que les bilans ne tranchent jamais: cette clientèle vient elle pour l’activité, ou pour la femme qui la tient depuis quinze ans ? Une année d’exploitation vous le dira mieux qu’un tableau.

Elle demande peu d’apport, puisque vous financez une trésorerie de démarrage et une redevance, pas un prix de cession. Elle laisse aussi une porte de sortie: si le chiffre d’affaires s’effondre après le départ de la propriétaire, vous n’avez pas sept ans d’emprunt à rembourser sur un fonds dévalué. Les modalités du contrat sont présentées sur le portail public d’information des entreprises.

La redevance, la publicité du contrat et la solidarité du loueur

Trois points décident de l’intérêt du montage. Le premier: la redevance est une charge d’exploitation, elle ne construit aucun droit de propriété. Si vous payez deux ans sans avoir fixé le prix d’achat dès le départ, vous risquez de payer deux fois, la seconde à un prix relevé par vos propres résultats. La parade tient en une ligne du contrat: une promesse de vente à prix déterminé.

Le deuxième: le contrat doit être publié sous forme d’avis dans un support habilité à recevoir les annonces légales. Jusqu’à cette publication et pendant six mois après, l’article L. 144-7 du code de commerce rend la propriétaire du fonds solidairement responsable des dettes que vous contractez pour l’exploitation. C’est une protection pour vos fournisseurs, et un argument de négociation pour vous.

Le troisième: vérifiez que le bail autorise la location gérance. Certains contrats l’interdisent ou la soumettent à autorisation écrite. Vérifiez aussi le sort des dettes à la fin du contrat, qui deviennent immédiatement exigibles.

Un tableau de décision selon votre situation

Selon votre apport et votre appétit au risque

CritèreAchat du fondsRachat des partsLocation gérance
Exposition au passif ancienFaible, hors salariées et fiscalitéÉlevée, corrigée par la seule garantie négociéeNulle sur le passé, entière sur votre exploitation
Coût fiscal d’entréeDroits progressifs de l’article 719Droits de l’article 726, souvent plus basAucun droit de mutation, une redevance récurrente
Continuité des contratsRompue, sauf travail et exceptions légalesTotale, sauf clause de changement de contrôleVariable, à négocier au cas par cas
Complexité juridiqueMoyenne, avec publicité et séquestreForte, audit et garantie obligatoiresMoyenne, tout se joue dans la promesse de vente
RéversibilitéFaible une fois l’emprunt engagéFaible, la revente des parts est lenteForte, c’est son intérêt principal

Avec un apport modeste et une clientèle dont vous doutez, la location gérance assortie d’une promesse de vente à prix fixé protège le mieux. Avec un apport solide et une clientèle de passage établie, l’achat du fonds reste le plus lisible pour une banque.

Selon la présence de salariées et de contrats stratégiques

Deux situations imposent presque le rachat de parts. La première: l’activité repose sur des contrats non cessibles, marché public ou contrat cadre avec un donneur d’ordre. La seconde: une autorisation attachée à la personne morale conditionne l’exploitation.

La présence de salariées, en revanche, ne dicte pas le montage. Leurs contrats se poursuivent dans les deux cas, avec l’ancienneté et les congés acquis, et l’obligation d’information préalable des salariées s’applique dans les petites entreprises en cas de vente du fonds. Ce point mérite d’être instruit tôt, comme le montre notre récit d’instruction complète de la reprise d’un institut en six semaines.

Les limites que personne ne vous rappellera

Ce qu’aucun montage ne corrige

Aucune ingénierie juridique ne rattrape un emplacement qui perd ses passages, un loyer disproportionné au chiffre d’affaires, une clientèle attachée à une personne qui s’en va. Le montage répartit un risque, il ne le supprime pas.

Méfiez vous du montage présenté comme la solution à un dossier bancal. Si la cédante insiste soudainement pour vendre ses parts alors que l’annonce parlait d’un fonds, demandez pourquoi et exigez l’audit correspondant. Ces revirements figurent parmi les points de vigilance décrits dans notre analyse de ce qui change dans la reprise d’un petit commerce.

Les professionnelles à consulter avant d’arbitrer

L’arbitrage final se prend à trois voix: la vôtre, celle d’un cabinet comptable qui chiffre les trois hypothèses, celle d’une professionnelle du droit qui rédige l’acte et la garantie. Ces deux rendez vous coûtent bien moins qu’une garantie d’actif et de passif mal plafonnée.

Arrivez y avec un dossier déjà instruit: bail lu, comptes retraités, stock inventorié, contrats listés, questions écrites. Leur temps sert alors à arbitrer, pas à reconstituer ce que vous pouviez réunir seule.

Retenez la logique: le fonds isole le passé, les parts assurent la continuité, la location gérance achète du temps. Le bon montage protège la ligne la plus fragile de votre dossier, et cette ligne se repère avant la première proposition de prix.

Reprennia instruit les trois hypothèses côte à côte, chiffre le coût d’entrée de chacune et produit la liste des pièces à réclamer selon le montage envisagé. Pour faire examiner l’opportunité que vous étudiez, demandez une démonstration du comparateur de montages Reprennia en indiquant ce que la cédante vous a proposé.

Instruction guidée

Faites relire l’opportunité que vous étudiez

Décrivez l’activité que vous regardez, le prix demandé et l’échéance que l’on vous impose. Vous recevez en retour les trois premières questions à poser à la cédante et la liste des pièces à réclamer avant tout engagement.

Faire relire l’opportunité que j’étudie
Portrait de Jimenez Julien, éditeur de Reprennia

L’auteur de ce dossier

Jimenez Julien

Éditeur de logiciels de métier en langue française, il suit des dossiers de cession de très petites activités, boutiques de quartier, ateliers de fabrication et instituts non médicaux, et il en tire la grille de lecture qui sert de colonne vertébrale à Reprennia. Il écrit ces dossiers pour que les repreneuses arrivent chez la cédante, au cabinet comptable et à la banque avec les pièces classées et les questions déjà rédigées.

Le parcours de Jimenez Julien et la genèse de Reprennia

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